Bail aux 2 noms et séparation : droits, désolidarisation et procédure

juin 28, 2026

Un bail aux 2 noms engage les deux cotitulaires solidairement : chacun est responsable de la totalité du loyer, même en cas de séparation. Lorsque le couple se sépare, la question de qui reste, qui part, et comment l’autre se dégage de ses obligations devient complexe. Voici les règles légales précises, selon que vous soyez pacsés, mariés ou en concubinage.

1. Bail cotitulaire : ce que ça implique concrètement

Lorsqu’un bail est signé aux 2 noms, les deux locataires sont cotitulaires et solidairement responsables :

  • Chacun est redevable de la totalité du loyer — pas seulement de sa moitié
  • Le propriétaire peut réclamer le loyer impayé à l’un ou l’autre indifféremment
  • Chacun a les mêmes droits sur le logement : droit de rester, droit de donner congé (sous conditions)
  • Les deux signatures sont en principe requises pour toute modification du bail
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Le cas du bail signé par un seul, mais avec un conjoint marié Si un seul époux signe le bail, l’autre époux devient automatiquement cotitulaire par l’effet de la loi (art. 1751 du Code civil). Cette règle ne s’applique pas aux pacsés ni aux concubins — seul celui qui a signé est titulaire.

2. Que se passe-t-il en cas de séparation ?

En cas de séparation, trois scénarios sont possibles pour un bail aux 2 noms :

ScénarioSituationConséquence
L’un part, l’autre resteAccord amiableNécessite une désolidarisation formelle — sinon les deux restent engagés
Les deux partentRésiliation conjointeDélai de préavis (1 ou 3 mois selon zone)
Désaccord sur qui resteConflitLe juge peut attribuer le bail à l’un des deux (surtout pour les couples mariés/pacsés)

Le piège le plus fréquent : l’un quitte le logement sans formalités, pensant que l’autre « reprend » le bail. Or, sans désolidarisation notifiée au propriétaire, les deux restent engagés — y compris pour les loyers futurs et les éventuels dommages.

3. Procédure de désolidarisation du bail

La désolidarisation permet à l’un des cotitulaires de se retirer du bail sans mettre fin au contrat de location. Elle nécessite l’accord du propriétaire.

  1. Accord entre les deux locataires — Les deux parties se mettent d’accord sur qui reste et qui part. Il est conseillé de formaliser cet accord par écrit.
  2. Notification au propriétaire — Le locataire qui souhaite se retirer envoie une lettre recommandée avec accusé de réception au propriétaire, demandant sa désolidarisation du bail.
  3. Accord du propriétaire — Le propriétaire n’est pas légalement obligé d’accepter. S’il refuse, les deux locataires restent engagés solidairement jusqu’à la fin du bail.
  4. Avenant au bail — Si le propriétaire accepte, un avenant est signé par les trois parties (les deux locataires et le propriétaire) pour acter la désolidarisation.
  5. Garantie du locataire restant — Le propriétaire peut conditionner son accord à la présentation d’un nouveau garant par le locataire qui reste, si ses revenus sont insuffisants seul.
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Attention : le propriétaire peut refuser La désolidarisation n’est pas un droit automatique. Si le locataire qui part génère un risque d’insolvabilité pour le locataire restant, le propriétaire peut légalement refuser. En cas de refus, la seule option est de donner congé conjointement et de relouer séparément.

4. Différences selon le statut du couple

StatutCotitularité automatique ?Attribution par le juge en cas de litige ?
Mariés✅ Oui (art. 1751 CC) même si 1 seul signataire✅ Oui — le juge peut attribuer le bail à l’un des époux
Pacsés❌ Non (sauf si les 2 ont signé)✅ Oui — le juge peut trancher
Concubins❌ Non (sauf si les 2 ont signé)❌ Non — pas d’attribution judiciaire possible

Cas des époux mariés

L’article 1751 du Code civil rend le bail cotitulaire de droit pour les époux, même si un seul a signé. En cas de divorce, le juge aux affaires familiales peut attribuer le bail à l’un des époux dans le cadre du jugement de divorce. Cette attribution peut s’imposer au propriétaire.

Cas des pacsés

Le PACS ne crée pas de cotitularité automatique. Si les deux partenaires ont signé le bail, ils sont cotitulaires et la procédure de désolidarisation s’applique. En cas de séparation judiciaire, le juge peut attribuer le bail au partenaire qui en a la garde principale des enfants.

5. Les droits et obligations du propriétaire

En tant que propriétaire bailleur confronté à la séparation de vos locataires cotitulaires :

  • Vous pouvez continuer à réclamer le loyer à l’un ou l’autre, ou aux deux
  • Vous n’êtes pas tenu d’accepter la désolidarisation si le locataire restant ne présente pas de garanties suffisantes
  • Si un locataire vous notifie son départ sans accord de désolidarisation, le bail continue jusqu’à la fin du préavis légal — les deux restent solidaires jusqu’à ce terme
  • Vous pouvez exiger un avenant signé par les deux parties pour toute modification du bail

FAQ — Bail à 2 noms et séparation

Peut-on obliger le propriétaire à accepter la désolidarisation ?
Non. La désolidarisation requiert l’accord du propriétaire. Si celui-ci refuse, les deux cotitulaires restent engagés. La seule alternative est de donner congé conjointement avec le délai de préavis légal (1 mois en zone tendue, 3 mois ailleurs).
Que se passe-t-il si l’un des locataires part sans donner congé ?
Le bail continue et les deux locataires restent solidairement responsables du loyer. Le locataire parti reste engagé jusqu’à la fin du bail ou jusqu’à ce qu’une désolidarisation soit actée. En cas d’impayé, le propriétaire peut poursuivre les deux locataires.
Le dépôt de garantie est-il restitué au locataire qui part ?
Non directement. Le dépôt de garantie est lié au bail, pas à l’un des locataires. Il sera restitué (ou défalqué) lors de l’état des lieux de sortie, au bénéfice des deux cotitulaires. Leur répartition interne reste une affaire entre eux.
Combien de temps dure le préavis pour un bail à 2 noms en cas de résiliation conjointe ?
Le délai de préavis est le même que pour un bail individuel : 1 mois en zone tendue, 3 mois en zone non tendue. La résiliation conjointe doit être notifiée par lettre recommandée signée par les deux locataires. Elle peut aussi être faite par acte d’huissier.
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À retenir Un bail aux 2 noms engage solidairement les deux locataires, même après séparation. La désolidarisation nécessite l’accord du propriétaire et la signature d’un avenant. Sans cet accord formel, les deux restent responsables du loyer et des dégradations jusqu’à la fin du bail. En cas de désaccord, un avocat spécialisé en droit du bail peut vous accompagner dans les démarches.