Charges récupérables locataire : liste, calcul et régularisation

septembre 25, 2026

La question des charges récupérables auprès du locataire se règle en théorie très simplement : un décret de 1987 en fixe la liste, et cette liste est limitative. Tout ce qui n’y figure pas reste à la charge du propriétaire, quelle que soit la logique économique invoquée. En pratique, les litiges sont fréquents, parce que la frontière passe souvent au milieu d’une même dépense : l’entretien d’un ascenseur est récupérable, son remplacement ne l’est pas ; le salaire du gardien l’est partiellement, selon les tâches qu’il accomplit réellement.

1. Le principe de la liste limitative

Les charges locatives, ou charges récupérables, sont des dépenses avancées par le propriétaire mais qui correspondent à des services dont le locataire bénéficie directement. Le décret du 26 août 1987 en dresse la liste exhaustive : ni le bail, ni un accord entre les parties ne peuvent y ajouter un poste.

Trois grandes familles

La liste s’organise autour de trois logiques : les services liés au logement et à l’usage de l’immeuble (eau, chauffage collectif, ascenseur), les dépenses d’entretien courant et de menues réparations des parties communes et des espaces extérieurs, et certaines taxes correspondant à des services rendus.

La règle qui tranche presque tous les cas

Une dépense est récupérable si elle relève de l’usage courant et de l’entretien. Elle ne l’est pas si elle relève de l’investissement, de la vétusté ou de la mise aux normes. Cette distinction explique pourquoi entretenir une chaudière collective figure dans la liste, alors que la remplacer n’y figure pas.

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Une clause de bail contraire est réputée non écrite Un bail qui met à la charge du locataire le ravalement de façade ou les honoraires du syndic ne produit aucun effet sur ces points, même signé par les deux parties. Le locataire peut en demander le remboursement, dans la limite du délai de prescription.

2. Charges récupérables locataire : la liste poste par poste

PosteRécupérablePrécision
Eau froide et chaude des occupantsOuiConsommation individuelle et communes
Chauffage collectifOuiCombustible et entretien courant
Entretien de l’ascenseurOuiContrat d’entretien courant, pas les gros travaux
Électricité des parties communesOuiÉclairage, minuteries
Produits et personnel de nettoyageOuiY compris petit matériel
Entretien des espaces vertsOuiTonte, taille, remplacement de végétaux d’agrément
Taxe d’enlèvement des ordures ménagèresOuiRefacturée au centime près
Entretien de la VMC et des conduitsOuiRamonage, vérification annuelle
Menues réparations des parties communesOuiRemplacement d’ampoules, de boutons de commande

Le cas particulier du gardien

La rémunération du gardien ou du concierge suit une règle de proportion souvent mal appliquée : elle est récupérable à hauteur de 75 % lorsqu’il assure à la fois l’entretien des parties communes et la sortie des ordures ménagères, et seulement à hauteur de 40 % lorsqu’il n’assure qu’une seule de ces deux missions. Vérifier laquelle des deux situations s’applique est l’un des premiers réflexes en cas de contestation.

3. Ce qui reste à la charge du bailleur

Jamais récupérable
Ravalement et gros œuvre
Jamais récupérable
Honoraires de syndic
Jamais récupérable
Remplacement d’équipements
Jamais récupérable
Assurance de l’immeuble
Jamais récupérable
Taxe foncière
Jamais récupérable
Mise aux normes et diagnostics

Pour un copropriétaire bailleur, la difficulté tient au fait que l’appel de charges du syndic mélange les deux catégories. Le décompte reçu en assemblée se répartit selon les tantièmes et ne distingue pas spontanément ce qui est refacturable : c’est au bailleur de faire le tri, poste par poste, à partir des annexes comptables. Nos articles sur les tantièmes de copropriété et sur l’appel de fonds en copropriété détaillent la logique de cette répartition.

4. Provisions et régularisation annuelle

Deux modes de facturation coexistent, et ils n’emportent pas les mêmes obligations.

Les provisions avec régularisation

C’est le régime de droit commun en location vide. Le bailleur appelle chaque mois une provision, estimée d’après les charges de l’année précédente ou le budget prévisionnel de la copropriété, puis procède à une régularisation au moins une fois par an, en comparant les provisions encaissées aux dépenses réelles. Le solde est remboursé ou appelé selon le sens de l’écart.

Le forfait de charges

En location meublée, et en colocation à bail unique, le bailleur peut opter pour un forfait mensuel. Ce montant, fixé dans le bail, ne donne lieu à aucune régularisation : il ne peut être ni revu à la hausse en cours de bail au-delà de l’indexation prévue, ni contesté sur les consommations réelles. Le forfait doit rester proportionné aux charges réellement supportées.

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Les justificatifs doivent rester consultables six mois Un mois avant la régularisation, le bailleur communique au locataire le décompte par nature de charges et le mode de répartition retenu. Les pièces justificatives doivent ensuite être tenues à sa disposition pendant six mois : factures, contrats d’entretien, relevés de consommation. Un bailleur qui ne peut pas les produire s’expose à devoir rembourser les sommes appelées.

5. Contestation et délais

Le décalage entre les provisions appelées et la régularisation constitue la première source de litige, en particulier lors des changements de locataire en cours d’exercice.

  • Prescription de trois ans : le bailleur ne peut réclamer un arriéré de charges au-delà de trois ans, et le locataire dispose du même délai pour réclamer un trop-perçu
  • Régularisation tardive : lorsqu’elle intervient plus d’un an après l’exercice concerné, le locataire peut demander un étalement du paiement sur douze mois
  • Départ en cours d’année : la régularisation s’opère au prorata du temps d’occupation, une fois les comptes de l’immeuble arrêtés — ce qui peut intervenir plusieurs mois après le départ
  • Recours amiable d’abord : demande écrite des justificatifs, puis saisine de la commission départementale de conciliation, gratuite, avant toute procédure judiciaire
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Ajustez la provision plutôt que de subir la régularisation Une provision trop basse produit chaque année un rappel désagréable pour le locataire et un risque d’impayé pour le bailleur. Réviser le montant après chaque régularisation, en s’appuyant sur les dépenses réelles de l’exercice écoulé, lisse la trésorerie des deux côtés — et réduit d’autant les contestations.

6. FAQ — Charges récupérables

La taxe d’enlèvement des ordures ménagères est-elle récupérable ?
Oui, intégralement. Elle figure sur l’avis de taxe foncière du propriétaire, qui la refacture au locataire pour son montant exact. La taxe foncière elle-même, en revanche, ne l’est jamais.
Le locataire peut-il exiger les factures ?
Il peut demander à consulter les pièces justificatives pendant les six mois suivant l’envoi du décompte. Le bailleur n’est pas tenu d’en fournir des copies, mais doit permettre leur consultation, y compris sur support dématérialisé.
Que se passe-t-il si aucune régularisation n’a été faite depuis des années ?
Le bailleur peut encore régulariser, mais uniquement sur les trois dernières années. Le locataire peut alors demander à échelonner le paiement du solde sur douze mois, la régularisation intervenant plus d’un an après l’exercice concerné.
L’entretien de la chaudière individuelle est-il une charge récupérable ?
Pour une chaudière individuelle, l’entretien annuel incombe directement au locataire au titre des réparations locatives : il n’entre pas dans les charges récupérables, puisqu’il n’est pas avancé par le bailleur. Le remplacement de l’appareil, lui, reste à la charge du propriétaire.
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À retenir Une seule question permet de trancher la plupart des cas : la dépense relève-t-elle de l’usage courant, ou de l’investissement et de la vétusté ? Le premier cas est récupérable, le second non — et aucune clause du bail ne peut déplacer cette frontière. Côté bailleur, la sécurité tient à deux réflexes : régulariser chaque année et conserver les justificatifs.